« Le peuple de la Zanka » part 1

par Y.Chhidli

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Bien que le haletant plaisir de dévorer les registres d’aventure panse les yeux des liseurs, perce leurs cerveaux et retranche tout développement investigateur hormis ce qui est prédisposé. Bien que ces gracieux visiteurs soient les éléments clé dans un autre jeu abstrait dont seul l’écrivain perçoit les dimensions. Je vous conduis, futurs captifs, moi aussi de manière rétrospective, à mon hasard exclusif.

Lisons cette aventure…


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Dans la cour des éduqués comme ils la désignaient, les « Chamkara » personnes jouissant de droit de cité de la ville antique « Zanka », la seule qui restait d’un pays anéanti par les guerres fratricides, cohabitait un jeune homme, Hamid Bouras (grosse tête) à cause de son crâne gigantesque qui cachait même ses épaules, avec d’autres chamkara du même statut social. Il était leur chef et le grand vainqueur du «Ras addarb » un édifice où se déroulaient les fameux combats du cirque de Zanka. Un emplacement qui lui attestait la part primordiale de la « Tbakchicha » la colossale collecte des trésors, l’amour du peuple zankaoui mais surtout quelques tentatives maléfiques qui s’aménageaient pêle-mêle en cachette.

 

Un jour, alors qu’il était en plein tkoïra, la profession qu’il acquérait des nobles ancêtres, à savoir manipuler les déchets des humains ignares et en sortir avec une bonne tbakchicha. Jawad, un chamkar sourd-muet, vint vers lui en beuglant des mots étranges. Cependant Bouras paraît les décrypter tous.

- Babir o bobaba tadarbo hda ouina.

- Bachir et Bouazza se disputent près de la fontaine.

Jawad fit oui avec sa tête.

- Et alors, c’est pas nouveau pour ces deux crétins !

- Tdarbo ala zoha, o ia tatbii hit darboha

- Ils s’étripent pour Zohra, et elle pleure parce qu’ils l’ont assené.

Par le même geste répliqua Jawad.

Bouras perd la boule, et puisque la tienne était deux fois la taille normale, il devint un véritable volcan prêt à lancer des matériaux à hautes températures. D’un air flamboyant il dévisagea le pauvre chamkar qui s’envahit par un pur frissonnement et il l’ordonna d’un geste austère.

- Suis-moi Jawad… dépêches-toi.

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Volontiers vous percevez que les péripéties vont s’animer alternativement, un combat prévu ou peut être une histoire d’amour, entre notre brave héros et la belle femme en question, une histoire qui va vous folâtrer et vous chatouiller les sensations. Une recette commune dans tous les choix narratifs.

Néanmoins, étant donné que le lieu n’était que la Zanka et les personnages, des dégoûtants chamkara, les portions de la mise ne sont guère adéquates à cette coutume.

Voyons cela de près…

 

De toutes les figures jamais vues, dans cette ville sordide et d’autant plus quand il s’agissait d’une femme, aucune ne fut jamais plus détestée que celle de Zohra. Elle était d’une laideur singulière, et d’un caractère désastreux, que même un diable céda sa compagnie à tout prix. Pourtant elle était très implorée par les chamkara, par la simple allégation qu’elle était la meilleure koära de la Zanka. Son savoir-faire réputait partout, faisait même invoquer les convoitises et les cupidités des pirates de la main d’œuvre koärite qui résidaient dans les périphériques de la ville. Bouras, conscient de cette menace, engageait toute une équipe de chamkara pour la protéger. Jawad était son suivant et son messager pour Bouras.

Cette fois-là le péril vint de l’intérieur, deux des chamkara les plus estimés, sauf par Bouras, s’entretuèrent pour l’accaparer. Le chef se précipita dans la grand foule près de la fontaine anhydride, à cause des ordures qui l’entouraient, qui occupait le centre de la cour des éduqués, pour trouver la scène exactement comme il l’avait imaginé. Les deux hommes furent très décidés, les aciers dans les mains et les formules de fulminations émerveillèrent les oreilles méfiantes, tant s’en faut tous les témoins offrirent une allure de satisfaction, leurs acclamations étaient très rythmées et d’une cadence distincte. Disant que cela fut légitime au peuple de la Zanka.

La présence de Bouras n’altéra rien de ce spectacle. Au contraire la tension monta de plus en plus…

- Arrêtez-vous donc espèce de bons à rien !

Le bruit résonna dans la cour comme une tonnerre. Tous les yeux s’orienta vers l’homme au crâne gigantesque, Bouras avança doucement vers les deux hommes qui se laissèrent gagner par sa tentative. Quant à lui, il sentit cela, en fait, il était sûr qu’il fallait seulement ce ton pour replacer les choses dans leur ordre.

- Arrêtez-vous tous, et je ne veux voir personne ici… foutez le camp

La deuxième tonnerre stupéfia tous les chamkara, deux secondes la cour était absolument inoccupée, comme s’il prononça un abracadabra sur ce public.

Vous pensez qu’ils étaient tous des lâches et des pusillanimes, je vous dis simplement que la loi qui régnait dans la Zanka prescrivait des règles de ce genre, et quand vous êtes à la Zanka faites ce que font les zankaouis si vous voulez y subsister.

Reste à vous poser une question : avez-vous oublié la pauvre femme dans ce vacarme de faits ?

 

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En effet, je n’en sais rien moi aussi, mais je présage qu’elle était partie avec les autres dans leur sauve-qui-peut. Ne vous en faites pas je vais r’y retourner pour en savoir plus, en attendant, je vous retrace quelques traits du portrait féminin à la Zanka.

Zohra, était un prototype des femmes zankouies qui, malgré leurs multiples réussites dans leur vie professionnelle, restait une propriété virile, un bien (dans le sens animal) que les chamkara se partageaient ou s’en disputaient. Elles n’étaient même pas considérer comme un beau sexe, malgré qu’il y avait des femmes très charmantes, parce qu’on disait que les hommes à l’époque n’avaient ni cœur ni fantasme. L’amour, l’affection voire la sexualité étaient tous des caractères inexplorés par ce peuple.

On disait aussi que cela faisait beaucoup de couchers de soleil, qu’un marchand dont on ignorait le nom et le visage car il était souvent caché dans l’ombre de son capuchon, venait chaque lune chercher la tbakchicha. En contrepartie il livra aux hommes des « kuilla » des boissons qui faisait troubler leurs esprits et les rendre ivres de plaisir, le seul plaisir qu’ils connaissaient, et aux femmes des bébés pour les élever en collectif ainsi elles disposaient aussi d’une autre variété d’allégresse…

Le peuple de la Zanka nommait cet inconnu par « le grand maître » et bâtissait des mythes et des mythes sur son identité, son âge et ses pouvoirs fantastiques.

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« Chaque élément retourne où tout doit redescendre. L’air reprend la fumée, et la terre la cendre. L’oubli reprend son nom » Victor Hugo.

 

Deux jours plus tard, quelque part où on prenait la pause de déjeuner, après une bonne matinée de labeur acharné. Bachir approcha de Bouazza, qui semblait se détendre, les mains posées sur son estomac, sous un large soleil. Le venu fut essoufflé, un peu inquiet mais il eut quelques mots à avouer.

- Bouazza réveilles-toi, c’est l’heure

- Ils sont là ? Tu as parlé avec eux ?

- Non ils m’ont laissé un message à ma baraque, ils nous attardent, dépêches-toi !

Les deux hommes se lancèrent dans une épreuve réservée, ils essayaient de paraître normaux, dès lors, ils esquivèrent tous les yeux soupçonneux, et s’échappèrent entre les baraques comme des vrais spectres.

 

Pas très loin de cette scène, Jawad, en entrant dans la baraque de Bouras, cligna des yeux. Le chef, saisissant le message, épaula son arme. Mais quand il voulut évacuer sa demeure, il croisa Zohra à la porte. Il fut surpris par cette visite et à ce moment précis, quant à son suivant dès qu’il la vit, il eut brusquement l’impression qu’une crevasse s’ouvrait sous lui et que ses jambes n’arrivèrent pas à le soutenir. Curieux, la femme transmit la même impression. En outre, elle désira quitter le lieu immédiatement, mais ses pieds se clouèrent dans la terre.

- Tu veux quelques choses, Zohra ? demanda Bouras.

- Non… non je veux… je veux seulement te montrer quelques choses que j’ai trouvé, répondit-elle, en marquant des temps d’arrêt équivoques.

- Je vais passer te voir en revenant, mais maintenant j’ai des choses urgentes à résoudre, répliqua-t-il

Les deux hommes pressèrent le pas et devancèrent vite Zohra, qui parut très perdue, cependant les regards terrifiants, que déclencha le sourd-muet, disposèrent d’une puissance paralysante, elle fut totalement hypnotisée.

 

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Bachir et Bouazza, côte à côte, s’introduisaient adroitement, entre les dunes des déchets dans un grand hangar au nord de la Zanka, tout en jetant des regards derrière eux pour ne pas être surpris. Le chemin fut très crevant et inextricable si on ne le connaissait pas parfaitement, mais enfin les voilà devant le lieu du rendez-vous. C’était un endroit repoussant même dans les lumières du jour. Ils leur fallaient beaucoup de courage pour accepter d’y parvenir. Des affreuses machines superposées dont les chamkara niaient l’utilité ou qui les avaient posés là-bas, loin de cela, ils admettaient quelles étaient des monstres en sommeille, dès lors ils appelaient cet entrepôt « l’Antre des monstres endormis »

A leur accueil, trois silhouettes de même acabit s’immobilisaient au fond du hangar, donnant à l’atmosphère ténébreuse une contraction angoissante, chose qui enfonça nos deux chamkara dans une aventure de vie et de mort.

Bouazza, un sale potelé enveloppé dans des défroques lacérées et d’un opportunisme inédit, était juste derrière Bachir, la quarantaine, qui était d’une corpulence intéressante, et son visage animé par des cicatrices, une bonne dizaine de timbres de ses anciennes batailles. Il avait autour du cou un talisman irrégulier, c’était une oreille humaine à vrai dire c’était la sienne qui l’avait perdu dans son dernier combat à « Ras addarb » face à Bouras.

Bachir, en rapprochant ces spectres qui restaient toujours invisibles, fit un geste de main, mais sans aucun effet, puis il regarda Bouazza, qui lui diffusa des ondes sonores par les battements successifs que dégagea son cœur. La situation avéra d’une mauvaise surprise pour les deux chamkara, parce que c’était la première fois qu’un chamkar vit de ci-près des pirates.

 

Les trois silhouettes n’étaient que des pirates en chair et en os et à la Zanka le pire des cauchemars était d’être à la portée de ces assoiffés de meurtre. Les pirates se logeaient toujours dans une hamada juste derrière les hangars du Nord. Si on pouvait voir cette cité d’une vue aérienne on enregistrait qu’elle était une oasis au milieu de nulle part.

Ils étaient comme des loups, souvent que dans la nuit qu’ils préféraient se déplacer, chasser et bien évidemment kidnapper leur victime et les mettaient sous séquestre. On racontait aussi qu’ils étaient des cannibales, des vampires, des chauves-souris ou des bêtes énormes avec des ailes qui ne pouvaient mourir que d’un pieu enfoncé dans le cœur. Certes tous ceux, qui les avaient vus, étaient sans rentrée, totalement pulvérisés.

Les chamkara ne quittaient jamais leur ville, précisément ils ne pouvaient même pas faire un seul pas loin de la Zanka. Tandis que les pirates y avaient leurs petites visites de temps à autre.

 

Soudain celui au milieu des trois pirates, avança un peu vers les deux chamkara, jusqu’à ce qu’il devint nettement visible… Bouazza et bachir furent terrifiés à un point que leurs visages devinrent d’un blanc transparent, les sueurs froides gelèrent leurs dos et les yeux furent totalement exorbités…

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« Le paradis terrestre est où je suis. » Voltaire.

 

Le peuple de la Zanka étaient une mixtion de races, une centaine de noirs, de blancs de jaunes, de peaux rouges et d’arabes. Parlant la même langue « Darija » ( de base c’était l’arabe, fusionnée à plusieurs langages universels) et jouant des même droits de citoyenneté. La loi du plus fort étaient la devise répandue, de ce fait toute une hiérarchie s’exposait pour tendre un voile de paix robuste et efficace. Chacun expérimenta, un de ces jours, ses limites pour se caser dans un rang au sein du statut zankaoui.

L’aspect de vie était très élémentaire, uniquement le vivre et le couvert, pas de haute couture ni de dernières tendances de mode. Ils n’y disposaient d’aucun moyen de communication avec l’extérieur. Ils étaient bien des illettrés pour développer des sciences mais la tbakchicha leur rendait cet appui, de temps en temps on y découvrait des petits bricolages et des petits appareils qui facilitaient leur vie.

Durant l’année, il y avait deux sortes de fêtes, le cirque annal de la Zanka qui durait trois jours et la cérémonie de la pleine lune où le grand maître apportait ses boissons mystérieuses.

Le peuple zankaoui était très convaincu qu’il n’y avait pas mieux que cette vie. Dès lors l’idée de quitter la Zanka était une possession diabolique pour les chamkara, d’autre part les pirates assuraient de leur côté que le bourgeon de cette donne était inexistant.

 

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Zohra, après sa visite à la baraque du chef et la surprise qu’elle l’avait rencontrée, elle revint chez elle. En se jetant sur un vieux placard, elle montra un grand intérêt, précipitée elle fit l’évacuer, en vrac, de ses vieux fringues, puis elle le renversa totalement de fureur, elle se changea en un magma de contraction et de déboire… Zohra chercha sûrement quelque chose mais elle ne la trouva pas. Une chose estimée d’une haute importance pour elle. Quoique la fatalité signa ses règles inéluctables, elle se recroquevilla sur soi et tenta de pleurer pourtant les larmes lui refusèrent cette aide qui la déchargeait un peu. Ses yeux furent très taris

De but en blanc, elle hurla de toutes ses forces et avec une haine extravagante, c’était abusivement clair qu’elle était trahie jusqu’aux os et par quelqu’un de très proche.

- Tu la fais Jawad, tu la faiiiiiiiis…

Elle quitta sa demeure, en fendant l’air derrière elle. Voire elle n’ouït pas sa propre copine Saadia qui l’appela sans cesse, jusqu’à qu’elle fut très loin…

La route était très longue, pourtant elle fut très déterminée aussi les milliers d’interrogations qui s’accumulèrent dans sa tête, l’ôtèrent de toutes sensations. Cette fois-ci elle allait tout avouer à Bouras, pensa-t-elle, parce que la situation prévint d’indignité inquiétante par ces lâches et si elle garda le silence, des vies seraient mises en danger, y compris la sienne.

 

Une heure après, Zohra était devant l’antre des monstres endormis, mais elle s’attarda aux alentours de ce labyrinthe, n’osant s’aventurer à l’intérieur de peur de s’y perdre.

 

à suivre…

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Publié dans : ||le 31 décembre, 2006 |2 Commentaires »

2 Commentaires Commenter.

  1. le 9 août, 2007 à 12:51 katouya écrit:

    Une histoire super à entendre j’attends la suite avec impatience

    Merci

    Katou

    Dernière publication sur Méméring Blog : Retour de franck77

  2. le 8 octobre, 2009 à 18:06 Fahir écrit:

    les segondes sont les lettres, les minutes sont les mots, les heures sont les phrases, les jours sont les pages, les annees sont les chapitres, la nuit tombe en fermant une page, en ouvrant une autre, le soleil se leve, ainsi, est le livre de la vie.

    pour mon ami
    Youssef, le poete.

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